Je vous ai un peu parlé de ma mère, la dernière fois.  Ma mère est être exceptionnel et unique, extrêmement cultivée, très peu portée sur l'hygiène alimentaire (Hélène disait un jour qu'elle, quand elle faisait tomber un truc par terrer en cuisinant, elle le remettait illico dedans, ben ma mère, c'est comme ça, tous les jours, et en mieux même!), par exemple, si elle a une viande qui est dans le frigo depuis un peu trop longtemps, qui a viré de couleur et sent un peu (sachant que ma mère, suite à un nez cassé dans sa prime jeunesse et un paquet de Gitanes quotidien depuis 40 ans au bas mot, n'a plus d'odorat depuis belle lurette), ben elle la passe un coup sous le robinet et en fait quelque chose.  Si un pot de crème fraîche est couvert de fourrure bleutée, et que mon frère ou moi sommes passés par là pour le jeter à la poubelle, ma mère va aller le sauver de cette fin affreuse, retirer la fourrure, et le remettre au frais.  Si une brique de jus de goyave ou autre est entamée depuis 2 mois dans le frigo, va-t-elle le jeter? Que nenni! Elle va le verser sur un rôti de porc avec de la citronnelle fraîche et en faire un plat délicieux.  Quand je vous disais qu'il valait mieux ignorer ce qui se passe en cuisine quand ma mère vous sert un plat, j'étais sérieuse....De plus, il faut savoir que ma mère déteste cuisiner, déclare qu'elle n'aime pas manger de toutes façons, et est vraiment une excellente cuisinière, si vous arrivez à occulter la préparation ....douteuse. 

Mon frère et moi avons d'ailleurs une théorie sur le sujet, quand on essaie de refaire un plat que ma mère a fait auparavant, c'est jamais aussi bon.  Probablement parce que nos produits sont trop frais.......

Donc, j'ai fait lundi un boeuf au caca, recette de ma mère.  Pourquoi boeuf au caca, me demanderez-vous?  Elle n'a tout de même pas poussé le vice jusqu'à mettre du caca dans sa recette (elle recycle tout)?  Non, je vous rassure, la partie "caca" vient de mon père, qui a une époque, avait décidé de réduire un peu ses frais des restos et emmenait chaque jour son déjeuner au bureau.  A cette époque, il y avait un bar "branché" près du bureau (le bar y est toujours, mais la population doit être moins branchée), ce qui faisait que les lundis matins, il fallait slalomer entre les mares de gerbe alcooliques et les crottes de chiens pour arriver intact au bureau (la classe internationale).  Donc un lundi matin, mon père arpente fermement et courageusement le trottoir pour aller au bureau, quand il sent quelque chose cogner contre son pied.  Il regarde, et là, c'est le drame.  Il a de la merde plein sa chaussure.  Pestant conter les infâmes propriétaires de chiens, il avance vers le bureau, et se rend compte qu'en fait, il en a plein le bas de son pantalon aussi (mon père est ultra dandy, toujours tiré à quatre épingles, en costume cravate, pas négligé du tout.  Et de la merde sur son pantalon, ça fait négligé).  Il arrive au bureau, passe en trombe devant la secrétaire ahurie, et s'enferme dans la salle de bains.  Et là, il évalue le désastre.  Il en a partout, sur sa chaussure, sur toute la jambe de son pantalon, et il a cours dans quelques minutes.  C'est là que l'odeur le frappe.  Ce n'est pas de la merde, c'est le boeuf aux cacahuètes que ma mère lui a préparé et qui a coulé de la boîte Tupperware (enfin, fausse Tuppperware, of course, si ça coûte plus que 2 euros, ma mère n'achète pas) et tout le long de sa jambe.  Le boeuf au caca est né. 

Présenté comme ça, ça vous fait envie, hein?  Il est vrai que je n'ai jamais plus pu regarder un boeuf au caca sans me dire "c'est vrai que ça ressemble à une bonne diarrhée", mais c'est vrai pour tout ragoût en fait.  Faites l'expérience, versez n'importe quel ragoût sur un trottoir (ou sur votre pantalon, si vous voulez vraiment vivre pleinement l'expérience), et vous verrez.

Donc, voici la recette.  Toute blague scato à part, c'est exquis. 

du boeuf (ma mère ne croit pas aux proportions, faut y aller au feeling) genre bourguignon

de l'oignon si on veut

des cacahuètes

de la tomate pelée

un bouillon cube

un citron

du cumin

Faites revenir vos morceaux de boeuf dans de l'huile d'arachide (of course).  Avec l'oignon si vous avez opté pour, mais c'est pas obligatoire.  Moi j'en ai mis parce que je ne vois pas pourquoi je m'en priverais, mais c'est vrai qu'on ne le sent plus du tout à la fin.  Saupoudrez généreusement de cumin, mélangez.  A l'aide d'un mixeur, ou d'un mortier et d'un pilon, hachez des cacahuètes (pas mal, il faut qu'une fois dans le chaudron,  la pâte couvre grossièrement les morceaux de boeuf).  Et donc versez dans le chaudron (j'aime mieux prétendre que je cuisine dans un chaudron que dans une banale casserole ou marmite.  De toutes façons, je suis une sorcière depuis mes 6 ans).  Mélanger bien, et ajouter une ou deux boîte de tomates pelées.  Complétez éventuellement par un peu d'eau, si ça vous paraît trop sec.  Un bouillon cube, un citron ou demi citron (un citron pour une grosse quantité, si vous cuisinez pour 2 seulement, 1/2 devrait suffire) coupé en quartiers (entier, avec la peau).  Et laissez mijoter looooogtemps.  La viande doit être tendre et s'effondrer sous la fourchette, et la sauce doit avoir bien réduit, ne pas être liquide.  Au moment de servir (avec du riz, si vous êtes un gros mangeur, moi, tout seul, ça me suffit, mais chacun son truc), ajoutez des cacahuètes fraîches et croquantes sur le dessus.  Ou bien vous pouvez servir un petit bol de cacahuètes à part pour laisser les gens choisir leur dose.  Vous m'en direz des nouvelles!

Je vous met pas de photos parce que je pense que vous avez déjà bien compris à quoi ça ressemble.....